Investir en Colombie : Entre Opportunité Réelle et Complexité Fiscale
Quand Medellín Devient Plus Rentable Que Paris (Mais Pas Pour Les Raisons Que Vous Croyez)
Par Maître Thomas CARBONNIER
Avocat Fiscaliste, Président de l'UNPI 95
Mes chers investisseurs patrimoniaux,
Parlons franc. Vous avez vu passer ces annonces alléchantes : "Investissez en Colombie, 12% de rendement !" Et vous vous demandez légitimement : est-ce sérieux, ou est-ce le nouveau piège à investisseurs de l'immobilier international ?
La réponse, comme souvent en fiscalité : ça dépend. De votre situation, de vos objectifs, de votre capacité à gérer la complexité, et surtout de votre honnêteté face aux vrais chiffres.
Aujourd'hui, je vais vous donner les vraies données du marché, les vraies contraintes fiscales, mais aussi les vraies opportunités. Parce qu'oui, investir en Colombie peut être rentable et intelligent. Mais pas de la manière dont on vous le vend dans les salons immobiliers.
Commençons par le contexte positif, parce qu'il existe bel et bien. La Colombie n'est plus le pays de Pablo Escobar des années 80. C'est aujourd'hui la 4ème économie d'Amérique latine, avec une classe moyenne en expansion rapide, une stabilité politique relative, et un afflux massif d'expatriés et de digital nomads.
Les chiffres du marché sont solides :
Les rendements locatifs RÉELS varient fortement selon les quartiers :
Medellín (la star incontestée) :
Bogotá (la capitale économique) :
Cartagena (le jackpot touristique... avec ses contraintes) :
Ah, vous pensiez que la Colombie était le Far West immobilier où tout est permis ? Permettez-moi de vous présenter le maire Federico "Fico" Gutiérrez, qui a décidé en 2025 que les 17.000 appartements Airbnb de Medellín (contre 5.000 en 2019) posaient "quelques légers problèmes de cohabitation".
La régulation croissante à Medellín (2025-2026) :
Tous les hébergements touristiques de courte durée (moins de 30 jours) doivent obligatoirement s'enregistrer au Registro Nacional de Turismo (RNT). Si vous êtes pris sans RNT, les amendes peuvent atteindre 2.000 fois le salaire minimum mensuel légal (environ 600.000€). Oui, vous avez bien lu. Six cent mille euros pour avoir loué votre studio à un digital nomad californien sans tampon administratif.
Les nouvelles contraintes :
Traduction pour l'investisseur : Votre magnifique business model basé sur Airbnb pourrait se transformer en cauchemar réglementaire si vous n'êtes pas en règle. Et "être en règle" en Colombie, ça implique :
Le risque ? Que Medellín suive le chemin de Barcelone, Berlin, ou New York : régulation drastique des locations courtes durée, amendes salées, fermetures administratives. Le maire Fico Gutiérrez a répété que son objectif n°1 est de "prévenir l'exploitation des enfants" via les locations touristiques non régulées (argument imparable politiquement).
Mon conseil ? Si vous misez sur la location courte durée :
Des investisseurs français ont réussi. Prenons l'exemple de Marc, expatrié à Medellín depuis 2019. Il a acheté 3 appartements à El Poblado entre 2020 et 2022 (pendant le Covid, prix -15%), les loue à des digital nomads, et affiche un rendement net réel de 7,2% après impôts. Son secret ? Il habite sur place (résident fiscal colombien), gère lui-même, parle espagnol couramment, et a acheté au bon moment dans les bons quartiers.
Petit historique instructif :
Traduction brutale : si vous aviez investi 100.000€ en 2015 et tout laissé en pesos, vous auriez environ 68.000€ aujourd'hui en valeur de change.
MAIS – et c'est crucial – les quartiers premium ont trouvé la parade. Comme par magie (enfin, par logique économique), les prix dans les zones à acheteurs étrangers (El Poblado, Getsemaní, Chapinero) sont de facto indexés sur le dollar et l'euro. Quand 35% de vos acheteurs sont américains ou européens, vous ne vendez pas en pesos dévalués.
Résultat :
C'est la version immobilière du "si tu ne peux pas battre la monnaie, indexe-toi sur autre chose".
Maintenant, parlons de ce qui va réellement impacter votre rendement. La fiscalité franco-colombienne n'est pas un enfer, mais elle est complexe et nécessite d'être bien comprise.
1. L'impôt foncier colombien (predial) : 0,3 à 3,3% de la valeur cadastrale
La valeur cadastrale représente 60 à 100% de la valeur de marché (comme la taxe foncière en France). Pour un bien de 90.000€ (valeur cadastrale ~70.000€) :
2. L'impôt sur les plus-values : 10% si vente < 2 ans, puis 0%
Excellente nouvelle : la Colombie exonère totalement les plus-values après 2 ans de détention. En France, il faut attendre 22 ans pour l'IR et 30 ans pour les prélèvements sociaux. Avantage Colombie.
3. L'impôt sur le revenu locatif colombien
Pour un non-résident sans représentant fiscal :
4. La fiscalité française : LA bonne nouvelle méconnue
INFORMATION CAPITALE que beaucoup ignorent :
Les revenus fonciers provenant d'immeubles situés à l'étranger sont soumis à l'impôt sur le revenu français (avec crédit d'impôt pour l'impôt étranger payé), MAIS :
✅ PAS de prélèvements sociaux (ni 17,2%, ni 18,6%, ni futurs 20%) ! ✅ PAS de cotisations URSSAF non plus !
C'est l'article 15 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 qui le précise : les prélèvements sociaux ne s'appliquent qu'aux revenus du patrimoine de source française.
Cela change RADICALEMENT la donne fiscale.
Calcul réaliste pour un investisseur français (TMI 30%) :
Investissement : appartement 60m² à Medellín El Poblado
Loyer meublé digital nomads : 850€/mois = 10.200€/an
Charges et impôts colombiens :
Impôts français :
Revenu net RÉEL : environ 5.000€ Rendement net réel : 5,3%
C'est nettement plus intéressant que si les prélèvements sociaux s'appliquaient (ce qui réduirait le rendement à 4,5%).
Note importante : Le calcul exact du crédit d'impôt franco-colombien nécessite l'expertise d'un fiscaliste international, car il dépend de votre situation personnelle globale. Nous recommandons vivement de consulter un expert-comptable spécialisé.
En France avec la nouvelle réglementation 2025-2026 :
En Colombie :
La loi colombienne (Ley 820 de 2003) favorise plutôt les propriétaires :
C'est un avantage non négligeable comparé au système français.
Puisque certains promoteurs tentent encore de vendre cette "opportunité", parlons-en rapidement.
Les faits du 3 janvier 2026 :
Faut-il investir au Venezuela ?
Notre réponse est claire : NON. Sans ambiguïté. Même avec des prix -85% sous leurs pics, même avec des rendements théoriques de 9%, c'est de la spéculation extrême, pas de l'investissement immobilier raisonné.
Pourquoi ?
Dans 10 ans peut-être, si le pays se normalise. Aujourd'hui, c'est un pari aux risques démesurés.
Pendant que vous calculez votre rendement locatif, la Colombie se prépare à une élection présidentielle le 31 mai 2026. Et contrairement au Venezuela où Maduro attend son procès en pyjama orange à New York, ici les élections se déroulent normalement, dans une démocratie fonctionnelle (quelle idée révolutionnaire).
Les candidats en lice (sondages janvier 2026) :
Iván Cepeda (gauche, Pacto Histórico) : 26,5-31,9% selon les sondages
Abelardo de la Espriella (droite conservatrice) : 18-28% selon les sondages
Sergio Fajardo (centre) : 8,5-13,4%
Verdict pour votre investissement immobilier :
Si de la Espriella (droite) gagne : ? Excellent pour l'immobilier
Si Cepeda (gauche) gagne : ? Mitigé
Ma lecture (totalement subjective et non-partisane) :
Les sondages sont serrés, mais les marchés de prédiction (Polymarket) donnent les deux candidats à 36-37% chacun. C'est du 50/50. La Colombie est polarisée, l'électorat indécis (62% ne savent pas pour qui voter selon Cifras y Conceptos).
L'ironie de la situation ? Vous investissez dans un pays émergent pour diversifier votre patrimoine et échapper à la sur-régulation française... et vous vous retrouvez avec une élection présidentielle qui pourrait changer toutes les règles du jeu en mai 2026, pile au moment où vous venez de signer chez le notaire.
Bienvenue dans l'investissement international. C'est comme le parachutisme : c'est excitant jusqu'à ce que vous réalisiez que vous ne contrôlez pas le vent.
Soyons constructifs. Dans quels cas investir en Colombie est une décision intelligente, et pas juste une crise de la quarantaine déguisée en diversification patrimoniale ?
1. Vous devenez résident fiscal colombien
2. Vous achetez dans les quartiers en gentrification
3. Vous ciblez les digital nomads (et acceptez que Fico Gutiérrez vous surveille)
4. Vous parlez espagnol et gérez activement
5. Vous investissez en phase de crise (ou juste avant une élection business-friendly)
6. Vous diversifiez un patrimoine conséquent
7. Vous aimez l'investissement actif (et l'adrénaline des élections latino-américaines)
Si vous décidez d'investir, voici comment réduire intelligemment les risques :
1. Gestion du risque de change (peso/euro)
2. Sécurisation juridique
3. Gestion locative professionnelle
4. Fiscalité optimisée
5. Alternatives moins risquées
Chers propriétaires et futurs investisseurs,
L'Union Nationale de la Propriété Immobilière du Val-d'Oise est là pour vous accompagner dans tous vos projets immobiliers, y compris internationaux. Nos coordonnées :
UNPI 95 - Sarcelles et environs
5 Avenue Paul Herbé
95200 Sarcelles
Tél : 09 73 51 14 60 / 06 95 98 98 78
Email : unpi95sarcelles@unpi.fr
Notre mission : vous aider à investir intelligemment, en toute connaissance de cause.
Nous vous proposons :
Ce que nous faisons concrètement ?
Vous nous dites : "Je veux investir en Colombie, on m'annonce 12% de rendement."
Nous calculons avec vous la rentabilité réelle :
Puis nous vous posons la question honnête : "À 5% net réel, avec la complexité fiscale, le risque de change, et la gestion à distance, est-ce mieux qu'un SCPI français à 4,5% sans contrainte ?"
Si votre réponse est toujours OUI, nous vous aidons à :
Nous ne vous dirons jamais : "N'investissez pas en Colombie." Nous vous dirons : "Voici les vrais chiffres, les vrais risques, les vraies solutions. À vous de décider en connaissance de cause."
Avant de signer quoi que ce soit, répondez honnêtement :
1. "Si je perds 30% de ce capital, est-ce que ça change ma vie ?" → Si OUI : n'investissez pas. Trop risqué pour votre situation.
2. "Suis-je prêt à consacrer 10-15h/mois à cet investissement pendant 7 ans ?" → Si NON : mauvaise idée. Ce n'est pas du pilote automatique.
3. "Est-ce que je parle espagnol niveau B2+ ou suis-je prêt à l'apprendre ?" → Si NON : vous allez rencontrer de vraies difficultés.
4. "Est-ce que j'ai compris la fiscalité franco-colombienne et accepté de faire appel à un expert ?" → Si NON : consultez d'abord un fiscaliste spécialisé.
5. "Ai-je un plan B si le peso dévalue de 25% ou si je ne peux pas revendre ?" → Si NON : vous spéculez, vous n'investissez pas.
Investir en Colombie est pertinent si : ✓ 100k€+ à investir (10-20% de votre patrimoine maximum) ✓ Acceptation d'un rendement net réel de 5-5,5% (pas les 12% promis) ✓ Maîtrise de l'espagnol ou volonté d'apprendre ✓ 2-3 visites sur place avant achat ✓ Horizon d'investissement 7-10 ans ✓ Tolérance au risque élevée
Investir en Colombie est une mauvaise idée si : ✗ C'est votre premier investissement immobilier ✗ Vous cherchez un placement passif ✗ Vous ne parlez pas espagnol ✗ Vous croyez aux 12% garantis ✗ Vous n'avez jamais visité la Colombie ✗ Vous avez besoin de liquidité rapide
La vraie question à vous poser :
"Est-ce que 5 à 5,5% de rendement net réel justifient la complexité fiscale, le risque de change (±10%/an), la gestion à distance, la barrière linguistique, et l'impossibilité de revendre rapidement ?"
Si votre réponse est OUI après avoir lu cet article et consulté un expert, alors allez-y. Mais allez-y informé, pas naïf.
L'immobilier international peut être une excellente diversification patrimoniale. Mais comme tout investissement, il nécessite analyse rigoureuse, expertise professionnelle, et honnêteté intellectuelle face aux chiffres.
Maître Thomas CARBONNIER
Avocat Fiscaliste
Président de l'UNPI 95
P.S. : Notre rôle à l'UNPI 95 n'est pas de vous vendre du rêve, mais de vous donner les outils d'une décision éclairée. Pour les lecteurs qui veulent aller plus loin, nous organisons régulièrement des webinaires sur l'investissement immobilier international, la fiscalité des non-résidents, et l'optimisation patrimoniale. Contactez-nous sur unpi95sarcelles@unpi.fr.
P.P.S. : La bonne nouvelle fiscale à retenir : pas de prélèvements sociaux sur vos revenus immobiliers colombiens. C'est déjà 18,6% de gagnés par rapport à ce que beaucoup croient !
P.P.P.S. : Si vous investissez en avril 2026 juste avant l'élection présidentielle du 31 mai sans savoir qui va gagner entre un candidat de gauche qui veut taxer les propriétaires étrangers et un candidat de droite pro-business, ne venez pas me dire que je ne vous avais pas prévenu. L'investissement international, c'est aussi accepter le risque politique. Ou comme disait Pablo Escobar (bon OK, lui n'a rien dit de pertinent sur l'immobilier, mais avouez que la référence faisait bien dans un article sur la Colombie).