Investir à l'étranger : Manuel de survie du propriétaire franchouillard qui refuse de finir en bouillie juridico-financière
Par Maître Thomas CARBONNIER, Avocat fiscaliste et Président de l'UNPI 95
Mes chers compatriotes propriétaires,
Vous voilà pris d'une irrésistible envie d'acquérir un riad à Marrakech, une villa sur le lac de Côme ou un appartement à Lisbonne où les prix défient encore toute logique parisienne. Excellente idée ! Rien de tel qu'un investissement immobilier à l'étranger pour comprendre que la complexité administrative française n'était finalement qu'une aimable mise en bouche.
Permettez-moi, en ma double qualité d'avocat fiscaliste (donc de rabat-joie professionnel) et de président de l'UNPI 95 (donc de défenseur acharné de vos intérêts patrimoniaux), de vous éviter quelques déconvenues qui transformeraient votre rêve méditerranéen en cauchemar kafkaïen.
Commençons par le b.a.-ba, celui que tout le monde sous-estime avec une arrogance toute gauloise : la barrière linguistique.
Non, Monsieur Dupont, votre anglais "scolaire mais suffisant" ne vous permettra pas de négocier les subtilités d'un bail emphytéotique en droit espagnol. Et Madame Durand, votre "petit italien appris pendant les vacances" ne vous aidera pas à décrypter un compromesso di vendita piégé.
La solution miracle ? Elle n'existe pas. Mais voici trois parades efficaces :
Engagez un avocat local qui parle français. Oui, cela coûte. Moins que de signer sans comprendre que vous venez d'accepter une servitude de passage pour 47 générations de chèvres.
Utilisez un notaire français spécialisé en immobilier international. Ils existent, comme les licornes, mais sont plus faciles à trouver.
Faites traduire TOUS les documents par un traducteur assermenté. Le cousin bilingue ne compte pas. Ni ChatGPT, aussi séduisant soit-il.
Rappelez-vous cette maxime juridique universelle : « Ce que vous ne comprenez pas vous condamnera. »
Ah, la fiscalité internationale ! Ce jardin des délices où se côtoient conventions fiscales, crédits d'impôt, exit tax et autres réjouissances qui feraient passer le Code général des impôts français pour une lecture de plage.
Vous payez des impôts là où se trouve le bien. Et en France sur vos revenus mondiaux. Parfois les deux. Souvent les deux. Toujours plus que prévu.
Portugal : Ah, le régime des résidents non habituels ! Disparu en 2024 pour les nouveaux arrivants, mais remplacé par d'autres dispositifs tout aussi byzantins. Spoiler : ce n'est plus le paradis fiscal qu'on vous vend.
Espagne : L'IRNR (impôt sur le revenu des non-résidents) vous guette. Même si votre bien est vide. Même si vous n'avez aucun revenu. C'est cadeau.
Italie : Le pays où l'administration fiscale considère que la créativité ne s'applique pas qu'à l'art de la Renaissance. Prévoyez un bon commercialiste et des nerfs d'acier.
Maroc : La taxe sur les profits immobiliers peut atteindre 20-30% de la plus-value. Mais rassurez-vous, le calcul de cette plus-value reste un mystère digne des pyramides voisines.
Mon conseil d'ami (avocat, donc cher) : Faites une simulation fiscale AVANT d'acheter. Pas après, quand vous découvrirez que votre rentabilité de 8% se transforme miraculeusement en 2,3% net d'impôts franco-locaux.
Vous pensiez acheter, louer, encaisser ? Comme c'est mignon. Laissez-moi vous présenter la réalité.
Engagez un gestionnaire local. Mais pas n'importe lequel. Vérifiez :
Visitez votre bien au moins deux fois par an. Et pas uniquement en août. Surprenez votre gestionnaire en février, vous apprendrez des choses fascinantes.
Utilisez la technologie. Applications de gestion, caméras connectées, compteurs intelligents. Oui, c'est un peu Big Brother. Oui, c'est nécessaire.
Permettez-moi de vous présenter le hit-parade des escroqueries qui prospèrent sur l'ignorance et l'appât du gain facile.
Symptômes : Des rendements mirobolants (12% garanti !), des photos 3D sublimes, un bureau temporaire dans un hôtel chic, une pression commerciale digne d'une vente à domicile d'aspirateurs.
Réalité : Votre argent disparaît dans les limbes caraïbéennes. Le permis de construire n'existait pas. Le terrain non plus, d'ailleurs.
Antidote : Vérifiez TOUT auprès des autorités locales. Personnellement. Ou via votre avocat. Jamais via le promoteur lui-même.
Symptômes : On vous promet de racheter votre bien 20% plus cher dans 5 ans. Garanti. Signé. Promis-juré-craché.
Réalité : Dans 5 ans, l'entreprise aura disparu, ou invoquera une clause en caractères microscopiques rédigée en tagalog.
Antidote : Si quelqu'un vous promet un rachat garanti avec plus-value, c'est soit un arnaqueur, soit un imbécile qui fera faillite. Dans les deux cas, fuyez.
Symptômes : "Les impôts sont inexistants ici, profitez-en avant que ça change !"
Réalité : Ça vient de changer. L'OCDE, l'UE et votre fisc national ont déjà tout verrouillé. Bienvenue dans la transparence fiscale internationale.
Antidote : Toute optimisation fiscale en 2025 nécessite l'intervention d'un fiscaliste international. Pas d'un commercial immobilier.
Symptômes : Prix incroyablement attractif, mais "attention, il y a un locataire avec un bail ancien".
Réalité : Ce locataire n'est expulsable que dans 37 ans, paie un loyer de 1957, et ses héritiers prendront le relais.
Antidote : Prix bas + occupation = cadeau empoisonné. Toujours.
Avant de signer quoi que ce soit, posez-vous ces questions existentielles :
Ai-je un avocat local ? Si non, arrêtez tout.
Ai-je compris la fiscalité totale ? France + pays local + conventions fiscales. Si la réponse est floue, consultez.
Puis-je rapatrier mes revenus facilement ? Vérifiez les restrictions de change, les taxes sur les transferts, les délais bancaires.
Ai-je vérifié le titre de propriété ? Certains pays ont des systèmes d'enregistrement foncier... créatifs. Assurez-vous que le vendeur est bien propriétaire.
Ai-je une assurance adaptée ? Votre multirisque habitation française ne couvrira rien à l'étranger.
Connais-je les droits du locataire ? Dans certains pays, un locataire a plus de droits qu'un propriétaire français sous la IIIe République.
Ai-je prévu une sortie ? Combien coûte une revente ? Quels délais ? Quelle fiscalité sur la plus-value ?
Pour le rigoureux : Allemagne, Suisse. Documentation impeccable, fiscalité claire, règles respectées. Ennuyeux mais sécurisant.
Pour l'aventurier calculateur : Portugal, Espagne. Un bon équilibre entre opportunités et cadre juridique européen.
Pour le joueur : Maroc, Tunisie, Turquie. Rendements potentiellement élevés, risques proportionnels. Interdiction d'y aller sans avocat et sans avoir lu trois fois cet article.
Pour le masochiste : Tout pays où vous ne parlez pas la langue, ne connaissez personne, et n'avez jamais mis les pieds. Mais si vous y tenez vraiment, au moins équipez-vous correctement.
Investir à l'étranger n'est ni une folie ni un long fleuve tranquille. C'est une aventure qui nécessite préparation, humilité et professionnels compétents.
Le rêve peut devenir réalité. J'ai des clients qui prospèrent magnifiquement avec des biens au Portugal, en Espagne ou en Italie. Mais tous ont respecté trois règles d'or :
L'immobilier international est comme le bon vin : il faut savoir le choisir, l'analyser, le laisser respirer, et parfois renoncer si le prix est douteux.
Alors oui, investissez à l'étranger ! Mais en propriétaire intelligent, pas en touriste naïf avec un chéquier.
Et si vous avez le moindre doute, ne restez pas seul. L'UNPI 95 accompagne gratuitement ses adhérents dans leurs projets immobiliers, y compris à l'étranger. Parce que la propriété mérite d'être défendue partout, et que les propriétaires méritent d'être conseillés avant de se lancer dans l'aventure.
Adhérez, investissez éclairés, prospérez en paix.
Maître Thomas CARBONNIER
Avocat au Barreau de Paris
Président de l'UNPI 95
"La propriété, c'est sacré. Même à l'étranger. Et à l'UNPI 95, on vous aide à la protéger."
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