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UNPI 95
Chambre Syndicale de la Propriété Immobilière

Les journalistes et l'immobilier : chronique d'une incompréhension amoureuse

Permettez-moi de commencer par un aveu de professionnel épuisé : j'ai lu, en l'espace d'une seule semaine de janvier dernier, un article expliquant que "les loyers flambent", un autre titrant "les loyers chutent", et un troisième, dans le même journal, assurant que "les loyers stagnent dangereusement". Chapeau l'artiste. Schrödinger n'aurait pas fait mieux avec son chat.

Le journaliste spécialisé en immobilier est un être fascinant que la zoologie n'a pas encore suffisamment répertorié. Il possède deux états permanents et simultanés : l'indignation morale et l'ignorance technique. Ce n'est pas un reproche, c'est presque une vocation. On ne naît pas spécialiste immobilier dans une rédaction, on y tombe, généralement parce que le collègue qui couvrait le sujet avant vous est parti faire du yoga à Bali après sa troisième erreur sur les règles de la loi Pinel. Le Covid nous a offert une illustration saisissante du phénomène : les chaînes d'information en continu ont alors produit une génération spontanée de télé-toubib, experts autoproclamés du virus, du vaccin, de l'immunité collective et de la gestion des stocks de masques, qui ont meublé des milliers d'heures d'antenne avec la sérénité de celui qui n'a aucun compte à rendre. La guerre en Ukraine a immédiatement fourni la même mécanique, version képi : des généraux de plateau surgis de nulle part, pointant des cartes avec l'assurance tranquille du stratège qui n'a jamais commandé autre chose qu'un plateau-repas. L'immobilier, dans ce paysage, n'est qu'un cas particulier d'un mal général : la parole télévisuelle a horreur du vide, et elle le remplit avec ce qu'elle a sous la main. Hélas.

Le propriétaire : ce personnage de roman noir

Dans la grammaire journalistique contemporaine, le propriétaire bailleur occupe la même case sémantique que le banquier de Wall Street dans un film des années 80 : riche, cynique, forcément spéculateur, et de préférence absent lors des catastrophes naturelles qu'il a lui-même provoquées. La caricature est tellement installée qu'elle n'a même plus besoin de se justifier. On écrit "les propriétaires" comme on écrit "les requins" : le lecteur sait déjà à quoi s'en tenir. Il faut dire que la profession journalistique obéit à une loi d'airain que personne ne conteste : un chien qui mord une vieille dame n'intéresse personne. Mais une vieille dame qui mord un chien, ça, ça mérite la une. Le propriétaire lésé par son locataire, c'est le chien. Le propriétaire qui expulse, c'est la vieille dame. Vous avez compris le principe.

Ce que nos amis journalistes peinent à saisir, c'est que le propriétaire bailleur français moyen, c'est Monsieur Dupont, 67 ans, qui a mis toute sa vie dans un T2 à Argenteuil pour compléter une retraite que l'État lui a généreusement calculée à 1.140 euros. Monsieur Dupont ne possède pas de piscine. Il possède une chaudière qui lui coûte les yeux de la tête et un locataire dont le dossier était "solide" selon l'agence immobilière il y a trois ans.

Mais bon. "Rentier saigne du nez" ça fait moins de clics que "spéculateur immobilier étouffe le marché".

La fiscalité immobilière : le sujet que tout le monde commente et personne ne comprend

C'est sur ce terrain précis que le sport journalistique atteint des sommets olympiques. Chaque réforme fiscale donne lieu à des tribunes apocalyptiques ou triomphantes, selon la ligne éditoriale, sans que jamais personne ne daigne expliquer la différence entre le régime réel et le micro-foncier, entre la plus-value à court terme et l'abattement pour durée de détention, entre la taxe foncière et la taxe d'habitation, cette dernière ayant d'ailleurs été supprimée pour les résidences principales depuis 2023, information que certains articles ignorent encore avec une constance admirable.

J'ai une théorie : les journalistes économiques ont tous, dans leur passé, eu une mauvaise expérience avec un formulaire 2044. C'est une blessure d'enfance. Ça ne se guérit pas. Ça se retourne contre les propriétaires.

Le marché immobilier : mort tous les trimestres depuis 2008

"Le marché immobilier s'effondre." Ce titre a été publié, avec des variantes stylistiques mineures, approximativement toutes les six semaines depuis la crise des subprimes. À ce rythme, le marché immobilier français serait aujourd'hui à moins dix mètres sous terre, quelque part entre les os de Cro-Magnon et une ligne de métro parisienne abandonnée.

La vérité, moins sexy mais obstinément réelle, c'est que l'immobilier obéit à des cycles. Des cycles longs. Des cycles que l'on ne peut pas expliquer en 800 signes avec un encadré choc et une photo de façade haussmannienne. Le problème n'est pas que les journalistes mentent. Le problème est qu'ils ont besoin de vous parler tous les jours d'un marché qui, lui, se parle sur dix ans.

Ce que l'UNPI 95 fait, concrètement, pendant que les articles s'écrivent

Pendant que la presse nationale découvre tous les quatre matins que "posséder un bien immobilier est compliqué", l'UNPI 95 fait quelque chose d'infiniment moins glamour et infiniment plus utile : elle aide les propriétaires du Val-d'Oise à ne pas couler.

Conseil juridique, accompagnement fiscal, décryptage des réformes législatives, gestion des litiges locatifs, orientation face au labyrinthe administratif de la rénovation énergétique, l'UNPI 95 est le traducteur entre la loi telle qu'elle est votée et la réalité telle qu'elle se vit, à Sarcelles, à Cergy, à Pontoise, à Gonesse. Consultations gratuites, permanences régulières, interlocuteurs humains qui connaissent votre dossier et pas seulement votre code postal.

C'est le genre de service dont les journalistes ne parlent jamais, parce que "association défend propriétaire face à formulaire Cerfa" ne déchire pas la une. Et pourtant.

UNPI 95 - Chambre des Propriétaires et Copropriétaires Associés 5 avenue Paul Herbé, 95200 Sarcelles Tél. : 09 73 51 14 60 / Mobile : 06 95 98 98 78 Site : 95sarcelles.unpi.org

Les exceptions qui confirment la règle, et qui nous sauvent de la dépression

Il serait intellectuellement malhonnête, et franchement ingrat, de noyer tout le monde dans le même fleuve de désinformation. Il existe, dans le paysage médiatique français, quelques journalistes qui ont décidé, courageusement et à contre-courant, de traiter l'immobilier et la fiscalité comme des sujets sérieux méritant une analyse sérieuse. J'en parle avec d'autant plus de conviction que j'en ai fait l'expérience directe : Vincent Nahan, Alexandre Devecchio, tous deux passés par Atlantico, et Kimberley Bort et Gabriel Mabille, actuellement en poste, m'ont accordé des interviews dans lesquelles la question posée n'était pas "les propriétaires sont-ils des monstres ?" mais "comment fonctionne réellement le système ?".

Et cette histoire mérite d'être racontée honnêtement. Quand Atlantico m'a proposé de rédiger mon premier article, aux alentours du 15 janvier 2013, le journal était jeune, presque fragile, sans le prestige ni la notoriété qu'il a acquis depuis. Moi-même, je débutais ma carrière d'avocat. Nous étions deux débutants, en quelque sorte, qui se faisaient mutuellement confiance sans que rien ne l'exige vraiment. Ce premier article portait sur la taxation des CDD et ses effets contre-productifs sur l'emploi. Sujet aride. Lectorat incertain. Résultat : un deuxième article. Puis un troisième. Puis cent treize. Treize ans plus tard, Atlantico est devenu une référence. Et moi, j'espère avoir un peu grandi aussi. C'est cela, une histoire incroyable : non pas un coup d'éclat, mais une fidélité tranquille et réciproque qui s'est construite article après article, sans contrat, sans obligation, sans censure.

Je ne parle pas en touriste : 113 articles publiés en 13 ans dans leurs colonnes, ce n'est pas une collaboration, c'est une conviction. J'ai eu l'honneur de publier ailleurs, dans des colonnes autrement plus prestigieuses. Mais j'y ai également rencontré ce que l'on appelle pudiquement la censure soft : ce silence poli, ce coup de crayon discret, cette soudaine indisponibilité éditoriale dès que le propos devenait trop précis, trop dérangeant, trop réel. Cette censure-là n'a jamais existé dans les colonnes d'Atlantico. Pas une seule fois en treize ans. Et si cette liberté a un nom, il faut avoir l'honnêteté de le citer : c'est Sébastien Ferjou, fondateur et directeur d'Atlantico, qui relit personnellement les articles, les accepte ou les refuse, et qui a systématiquement accepté chacune de mes contributions, qu'elles soient des interviews, des tribunes ou des colonnes spontanées. Cent treize fois sur cent treize. Ce n'est pas de la chance. C'est une ligne éditoriale. C'est peut-être la définition la plus honnête du journalisme libre : non pas l'absence d'opinion, mais l'absence de peur.

Épilogue sans concession

Je ne demande pas aux journalistes de devenir fiscalistes. Je ne demande pas aux chroniqueurs immobiliers de passer le barreau. Je demande simplement, avec la modestie caractéristique de l'avocat fiscaliste un lundi matin, qu'avant de titrer "les propriétaires font fortune pendant que la France se loge mal", quelqu'un vérifie si Monsieur Dupont et sa chaudière d'Argenteuil sont bien dans la catégorie "fortune".

Il est possible qu'il ne le soit pas.

Il est même probable.

Mais ça, c'est une information. Et l'information, comme l'immobilier, se mérite.

Maître Thomas CARBONNIER Avocat fiscaliste, Président de l'UNPI 95

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