Le stylo Namiki et l'immobilier : deux aristocrates qui refusent de mourir malgré tout ce qu'on leur fait subir
Par Maître Thomas CARBONNIER, Avocat fiscaliste, Président de l'UNPI 95
Il y a des matins où l'on signe un acte de vente avec un stylo à bille acheté en lot de douze chez un discounteur. Ce sont des matins de honte. Pas pour le vendeur, pas pour l'acheteur. Pour la civilisation.
Parce que le stylo Namiki, ce n'est pas un instrument. C'est une philosophie. Fondée en 1918 au Japon par Ryosuke Namiki, un ingénieur de la marine impériale qui avait décidé que l'écriture méritait mieux que l'encre qui fuit dans la poche, la maison Namiki a fait de la laque urushi sa signature absolue. L'urushi, c'est la résine d'un arbre, le Toxicodendron vernicifluum, récoltée goutte à goutte, appliquée en couches infiniment patientes, poncée, rechargée, polie pendant des semaines, parfois des mois. Chaque stylo est unique parce que la laque, comme la pierre, ne se répète jamais exactement.
Les artisans Maki-e qui décorent ces instruments perpétuent une technique née au VIe siècle : ils gravent d'abord le motif dans la laque durcie à l'aide d'un fin outil en métal, sillon après sillon, non pas sur une feuille plate et docile posée sur un bureau, mais sur un corps de stylo rond, lisse, d'à peine un centimètre de diamètre, qui bascule au moindre excès de pression et sur lequel chaque millimètre gravé représente un territoire conquis de haute lutte contre la physique et contre soi-même. Puis ils incrustent dans chaque creux de la poudre d'or, d'argent ou de platine déposée au pinceau, parfois avec trois ou quatre poils. Mais la technique seule ne suffit pas. L'artisan doit au préalable faire le vide complet en lui-même, atteindre cet état de concentration absolue que les Japonais nomment mushin, l'esprit sans esprit, où le geste précède la pensée. Parce que sur une surface aussi étroite, aussi courbe, aussi implacable, il n'existe ni brouillon, ni touche Suppr, ni pardon. Moi, j'écris au clavier : je me trompe, j'efface, je recommence. L'artisan Namiki, lui, n'a qu'une seule chance. Ce n'est pas de l'artisanat. C'est une forme de méditation armée d'un burin.
Des plumes en or 14 carats taillées avec la précision d'un chirurgien. Un objet qui prend de la valeur en vieillissant. Qui résiste aux modes, aux crises, aux plateformes numériques qui promettent de révolutionner votre manière d'écrire avant de fermer leurs serveurs dix-huit mois plus tard.
Vous voyez où je veux en venir.
L'immobilier et le Namiki, c'est la même espèce menacée : le bien rare qui dure.
L'État français a décidé, avec la cohérence et la grâce qui le caractérisent, de traiter la pierre comme on traite le tabac. On taxe, on réglemente, on contraint, on étiquette, on diagnostique, on interdit, on plafonne, on encadre. On invente des sigles. Le DPE, le PTZ, l'IFI, le LMNP bientôt réformé pour la cinquième fois, la loi Climat et Résilience, le zéro artificialisation nette. Chaque année, le législateur pond une nouvelle contrainte avec la fierté d'une poule qui ne comprend pas que l'oeuf qu'elle vient de pondre est en plastique.
Résultat ? Les propriétaires qui voulaient investir se font exproprier par les normes avant même d'avoir signé. Ceux qui possèdent des passoires thermiques se retrouvent avec un bien qu'ils ne peuvent plus louer, qu'ils ne peuvent plus vendre à un prix décent, et qu'ils ne peuvent pas non plus démolir sans autorisation administrative délivrée quelque part entre le prochain mandat et le suivant.
C'est l'art du dépècement administratif. Kafkaïen, mais en moins drôle.
Ce que nos législateurs semblent ignorer, et ce que les artisans Namiki savent depuis le VIe siècle, c'est que la valeur authentique se construit dans le temps long. Pas le temps d'un mandat. Pas le temps d'un cycle électoral. Le temps réel.
La pierre a une mémoire que le béton armé n'a pas encore acquise. En France, la propriété privée immobilière a survécu à la Révolution qui l'a abolie puis restaurée en moins de dix ans, parce que personne ne savait quoi faire de mieux. Elle a traversé le Haussmann qui a éventré Paris et fait la fortune de ceux qui avaient eu le bon goût de ne pas vendre. Elle a absorbé les deux guerres mondiales, l'inflation galopante des années 1970, les taux d'intérêt à 18% de 1981, les crises de 1991, de 2008, du Covid, et des taux remontés à 4% avec la brutalité d'un réveil à cinq heures du matin.
À chaque fois, les mêmes prophètes ont annoncé la fin de l'immobilier comme valeur refuge. À chaque fois, ils ont eu tort. Pas parce que la pierre est magique. Mais parce que le besoin de se loger, lui, ne fluctue pas au gré des cycles de crédit.
Le Namiki Yukari, lancé en 1994 en hommage aux geishas de Kyoto, est aujourd'hui un objet de collection qui se revend à trois fois son prix d'origine sur les marchés spécialisés. Personne n'avait prévu ça. Personne ne prédit jamais vraiment la valeur de ce qui est fait pour durer.
C'est précisément pour ne pas subir seul que l'UNPI 95 existe.
L'Union Nationale de la Propriété Immobilière du Val-d'Oise, c'est votre bouclier, votre boussole et, accessoirement, votre meilleur ami le jour où votre locataire disparaît avec trois mois de loyers impayés et votre confiance en l'humanité. Consultations juridiques gratuites, avec ou sans rendez-vous, parce que les urgences immobilières n'ont pas d'agenda. Conseils fiscaux personnalisés, parce que la fiscalité immobilière est un labyrinthe conçu par des gens qui n'ont jamais possédé quoi que ce soit. Défense des intérêts des propriétaires bailleurs au niveau local et national, parce que quelqu'un doit bien dire tout haut ce que les propriétaires pensent tout bas en remplissant leur déclaration de revenus.
Que vous soyez primo-bailleur qui découvre avec stupeur l'existence de la taxe sur les loyers fictifs, investisseur chevronné qui cherche à optimiser sa SCI, ou copropriétaire qui vient de comprendre ce que signifie réellement un syndic professionnel, l'UNPI 95 est là. Concrètement. Humainement. Avec la rigueur d'une institution centenaire et la réactivité que la situation commande.
UNPI 95 - Chambre des Propriétaires et Copropriétaires du Val-d'Oise 5 avenue Paul Herbé, 95200 Sarcelles Tél. : 09 73 51 14 60 | Mobile : 06 95 98 98 78 Site : 95sarcelles.unpi.org
Un Namiki Chinkin vaut entre 800 et 3 000 euros. Certains trouvent ça absurde. Ce sont souvent les mêmes qui trouvaient absurde d'acheter un appartement à Paris en 1995 parce que "c'était trop cher".
Il y a une parenté secrète entre celui qui comprend la valeur d'un Namiki et celui qui comprend la valeur d'un patrimoine immobilier bien structuré. Ce n'est pas une question de fortune. C'est une question de regard. La capacité à voir au-delà du prix affiché, à lire dans un objet ou dans un bien les heures de travail, l'intelligence de conception, la solidité intrinsèque qui résiste là où le reste s'effondre.
Investir dans l'immobilier avec une stratégie patrimoniale de long terme exige la même disposition intérieure que le mushin : faire le vide des rumeurs de marché, des paniques médiatiques et des conseils de beau-frère, pour ne laisser place qu'à l'analyse froide et au geste juste. C'est exactement ce que je m'efforce d'apporter à mes clients depuis des années : pas des certitudes, le marché immobilier étant par nature imprévisible, mais des outils, des stratégies, une lecture fine des textes et une plume, si vous me permettez la métaphore, taillée pour durer.
Parce qu'au fond, ce qui distingue un bailleur avisé d'un propriétaire qui subit, c'est la même chose qui distingue celui qui signe avec un Namiki de celui qui signe avec un stylo de banque :
L'un sait pourquoi il signe. L'autre espère juste que l'encre tient.
Maître Thomas CARBONNIER Avocat fiscaliste au Barreau de Paris Président de l'UNPI 95