Rats, Cafards et Propriétaires : Guide de Survie en Territoire Hostile
Ou comment j'ai découvert que mes locataires n'étaient pas mes seuls cohabitants
Chers propriétaires bailleurs,
Permettez-moi de vous révéler une vérité que votre notaire a soigneusement omise lors de la signature de l'acte authentique : vous n'avez pas acheté un bien immobilier, vous avez acquis une arche de Noé version dystopique. Bienvenue dans le merveilleux monde où gérer des nuisibles relève parfois du parcours du combattant.
Car oui, parlons franchement : entre le rat qui squatte vos combles avec plus d'aplomb qu'un occupant sans titre, la colonie de cafards qui tient assemblée générale dans la cuisine du T2 du deuxième, et les punaises de lit qui organisent des banquets nocturnes sur vos locataires (lesquels vous tiendront évidemment pour responsable), vous réalisez que votre investissement patrimonial nécessite une vigilance de tous les instants.
La jurisprudence est constante : en tant que bailleur, vous êtes responsable de délivrer un logement décent. La jurisprudence a déjà rappelé que les frais de dératisation restent entièrement à la charge du propriétaire, confirmant que les désordres rendant le logement impropre à l'habitation engagent la responsabilité du bailleur.
L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989, complété par le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 et modifié par la loi ELAN de 2018, vous impose désormais expressément de délivrer un logement « exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites ». L'appréciation du caractère décent relève du pouvoir souverain du juge, qui examine au cas par cas l'importance de l'infestation, ses conséquences sur la santé et la sécurité, et la diligence du bailleur.
Nuance juridique fondamentale : si l'infestation résulte du comportement du locataire (entassement de déchets, défaut manifeste d'entretien et d'hygiène), la responsabilité peut basculer. Mais attention : il vous faudra le prouver solidement (photos, constat d'huissier, témoignages), et ce n'est pas toujours une mince affaire. Un simple défaut d'entretien ne suffit généralement pas ; il faut démontrer une faute caractérisée.
Précision capitale sur la suspension du loyer : en principe, votre locataire ne peut pas suspendre unilatéralement le paiement du loyer, même face à une invasion de rongeurs. Une décision judiciaire est normalement requise. Toutefois, certaines juridictions acceptent exceptionnellement une suspension provisoire décidée par le locataire en cas de situation d'insalubrité grave et de mise en demeure restée sans réponse. Le juge peut ensuite valider rétroactivement cette suspension, réduire le loyer, voire vous condamner à des dommages-intérêts. Mieux vaut donc traiter le problème rapidement plutôt que de tester les limites de la jurisprudence.
Parlons argent. Parce qu'éradiquer une colonie de rats, ce n'est pas gratuit. Et l'administration fiscale, évidemment, a son mot à dire.
En régime réel d'imposition, les dépenses de dératisation, désinsectisation et autres interventions sanitaires sont en principe déductibles au titre des charges d'entretien et de réparation, conformément à l'article 31 du Code général des impôts. Elles entrent dans la catégorie des frais nécessaires à la conservation du revenu foncier. Difficile d'argumenter le contraire : un appartement infesté de cafards génère rarement des candidatures enthousiastes à la location.
Mais – car il y a toujours un mais en fiscalité – ces dépenses doivent relever de l'entretien courant et de la réparation, conformément à l'article 31 du CGI. Les frais de dératisation, désinsectisation et désinfection entrent normalement dans cette catégorie puisqu'ils visent à maintenir le bien en état et à le rendre conforme aux obligations légales de décence. Conservez soigneusement vos factures détaillées mentionnant la nature exacte de l'intervention.
En micro-foncier (ou micro-BIC pour les locations meublées LMNP), l'abattement forfaitaire (30% en micro-foncier, 50% en micro-BIC) couvre l'ensemble de vos charges, sans possibilité de déduction complémentaire. À vous de calculer si le passage au régime réel devient pertinent lorsque vos charges réelles, incluant ces interventions sanitaires, dépassent significativement le montant de l'abattement. Pour connaître les seuils d'application actuels de ces régimes et effectuer une simulation personnalisée, rapprochez-vous de votre expert-comptable ou de votre conseil fiscal.
L'astuce imparable ? Conservez TOUT. Factures détaillées, devis, rapports d'intervention, photos avant/après, échanges avec le locataire. Le jour où le contrôleur fiscal ou le juge civil examine votre dossier, votre classeur méthodiquement organisé sera votre meilleure police d'assurance.
AVERTISSEMENT LÉGAL : Les informations ci-dessous sont données à titre informatif et pédagogique uniquement. Toute intervention utilisant des produits biocides doit impérativement respecter la réglementation en vigueur (notamment le règlement UE n°528/2012) et être réalisée par des professionnels certifiés Certibiocide. L'usage inapproprié de produits biocides peut présenter des risques graves pour la santé humaine, les animaux domestiques et l'environnement. En cas d'infestation avérée, faites systématiquement appel à un professionnel agréé.
Quelle que soit la nature de l'infestation (rongeurs, insectes rampants, punaises de lit), trois principes s'imposent :
1. La prévention est votre meilleure alliée
Condamnez les points d'entrée : grillages métalliques inoxydables dans les bouches d'aération, obturation des fissures avec du mortier adapté (la mousse expansive se grignote facilement). Un rat peut se faufiler dans un trou de 2 cm de diamètre.
Entretenez régulièrement : ventilation efficace, évacuation correcte des déchets, absence d'humidité excessive. Les nuisibles prospèrent dans les environnements dégradés.
2. L'intervention professionnelle n'est pas négociable
Les entreprises certifiées Certibiocide disposent :
Comptez entre 150 et 400€ pour une dératisation complète, 600 à 1500€ pour un traitement complet anti-punaises de lit selon la surface et le niveau d'infestation. Ces montants sont incomparablement inférieurs aux conséquences d'une intervention mal conduite : dispersion des colonies, résistances accrues, litiges avec les locataires, astreintes judiciaires.
3. Documentez systématiquement
Conservez tous les rapports d'intervention, factures détaillées, photos avant/après, correspondances avec le locataire. Cette documentation servira aussi bien face au contrôle fiscal qu'en cas de contentieux locatif.
N'autorisez JAMAIS votre locataire à intervenir lui-même avec des produits achetés en grande surface ou sur internet. Les raisons sont multiples et documentées :
Les professionnels disposent aujourd'hui de plusieurs approches complémentaires, qu'ils combinent selon les situations :
Traitements mécaniques : pièges, barrières physiques, obturation des accès
Traitements chimiques : insecticides ou rodenticides professionnels appliqués selon des protocoles stricts, avec plusieurs passages espacés pour couvrir l'ensemble du cycle de reproduction
Traitements thermiques : vapeur sèche ou congélation, particulièrement efficaces contre les punaises de lit sans recours aux produits chimiques (mais plus coûteux)
Traitements combinés : association de plusieurs méthodes pour maximiser l'efficacité et limiter les résistances
La sélection de la méthode appropriée relève de l'expertise professionnelle et dépend de nombreux facteurs : type de nuisible, degré d'infestation, configuration des lieux, présence d'occupants sensibles (enfants, femmes enceintes, personnes allergiques).
Pour aller plus loin, les professionnels certifiés vous orienteront vers les fiches techniques et protocoles adaptés à votre situation spécifique. L'UNPI 95 dispose d'un réseau de prestataires vérifiés et recommandés.
En toute transparence, je préside l'UNPI 95, et je sais d'expérience que les propriétaires bailleurs ne sont pas seuls face à ces problématiques complexes mêlant droit civil, fiscalité, réglementation sanitaire et relations humaines parfois tendues.
L'UNPI 95 vous accompagne concrètement :
Nos coordonnées actualisées :
UNPI 95 - Union Nationale de la Propriété Immobilière du Val-d'Oise
Adresse : 5 avenue Paul Herbé, 95200 Sarcelles
Téléphone : 09 73 51 14 60 / 06 95 98 98 78
Email : unpi95sarcelles@unpi.fr
Site web : https://95sarcelles.unpi.org
Permanences juridiques du lundi au vendredi de 14h à 17h, sur rendez-vous. Parce que votre sérénité et une gestion locative maîtrisée valent l'investissement d'une adhésion.
Être propriétaire bailleur en 2026, c'est effectivement jongler entre le Code civil, le Code de la santé publique, le règlement sanitaire départemental, la réglementation biocide européenne, les obligations fiscales, et la nécessité de maintenir de bonnes relations avec ses locataires.
C'est exigeant, parfois épuisant, souvent ingrat. Mais c'est aussi un métier qui s'apprend, qui se professionnalise, et où la prévention vaut toujours mieux que la gestion de crise.
Quelques principes de survie éprouvés :
Et surtout, gardez votre sens de l'humour, vos factures bien classées, un carnet d'adresses de professionnels fiables, et les coordonnées de l'UNPI 95 à portée de main.
Cordialement et avec toute ma solidarité professionnelle,
Maître Thomas CARBONNIER
Avocat fiscaliste
Président de l'UNPI 95
Propriétaire bailleur qui a survécu à trois infestations majeures
P.S. : Cet article mêle volontairement information juridique, conseils pratiques et promotion associative. Pour toute question spécifique à votre situation, consultez un avocat spécialisé et vérifiez les informations fiscales actualisées sur impots.gouv.fr.
P.P.S. : Non, verser de l'eau de Javel dans les canalisations ne tue pas les rats. Au mieux, ça les irrite. Au pire, ça endommage vos canalisations. Ne me demandez pas comment je le sais.